6000 Miles Away – Dance Festival STEPS

6000 MILES AWAY – Theater 11 (Zürich) dans le cadre du festival STEPS

Présenté lors du festival STEPS organisé à travers toute la Suisse, 6000 miles away est composé de trois pièces en l’honneur des victimes du tsunami au Japon.

Deux des actes montrés sont construits autour de Sylvie Guillem, le nom qui m’a attiré dans cette salle du Theater 11 à Zürich. Rearray ouvre le spectacle sur une chorégraphie du New Yorkais William Forsythe,  le créateur de la compagnie qui porte son nom et qui a ému le dernier Antigel. La danseuse de 47 ans défie le temps qui passe avec Massimo Muru, l’étoile de la Scala de Milan.

La musique de David Morrow se veut tranchante, limite grinçante, presque arythmique. Elle entraîne le duo qui, au gré de leurs gestes, semble moduler l’air et dessiner des courbes. La technique classique est ici réinterprétée par Forsythe qui livre une composition méticuleuse dans l’ombre et la lumière. Comme si quelque part, ces deux êtres dont le corps est la matière première peuvent aussi être fragiles et s’effacer dans la pénombre. La pièce a été créée pour elle, ce monument de la danse, l’une des seules danseuses qui aura su se démarquer de son rôle de soliste pour devenir une véritable star. Précise dans ses mouvements, le corps marqué par la rigueur et l’effort, Sylvie Guillem danse du Forsythe avec la même vitalité qu’elle a dansé du Béjart, avec néanmoins cette pointe de fragilité propre aux gens du métier, déjà à la retraite à son âge. Rearray, comme son nom l’indique, est un arrangement du langage classique traité à la perfection par les deux danseurs.

Vient ensuite Jiri Kylian, chorégraphe tchèque, qui propose 27’52’’, une composition jouée par deux danseurs de talent : Aurélie Cayla et Lukas Timulak. La musique se veut contemporaine et la voix off glaçante : « Permettez-moi de vous demander qui vous êtes ». Cette dernière se perdra dans sa sinuosité jusqu’à devenir à peine audible, rappelant les sonorités du Twin Peaks lynchien. Les corps se tordent et se séparent, les visages se figent et se répondent, les mouvements se fondent et se confondent. La tension est constante, elle arrache le souffle aux danseurs à demi-nus, qui se livrent à un jeu de fuite et de retrouvailles. Tonnerre d’applaudissement en fin de séquence : le duo aura su parler au public.

Bye du Suédois Mats Ek met fin à la soirée avec le solo de Sylvie Guillem, certainement l’exemple d’une pièce touchante et ambitieuse, mon highlight personnel. Une projection sur scène du visage de la danseuse laisse entrevoir ses yeux inquiets. De là, son corps s’étend et joue avec le public sur des effets de trompe-l’œil millimétré : les mouvements sont calculés. Sylvie Guillem se cache derrière la projection et en surgit, tantôt folle, tantôt enfantine, un peu absurde. Elle est seule mais elle habite carrément la scène. L’émotion est à son comble. Et ce corps qui a vécu, tout d’un coup, devient intemporel et vient marquer le temps.

D’autres spectacles sont à découvrir encore cette semaine jusqu’au 6 mai à travers toute la Suisse. Plus d’infos ici: www.steps.ch

« Article de Moyleang Tan »

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