Le spectacle KEIN APPLAUS FÜR SCHEISSE fait la une d’un journal à grand tirage, qui y consacre même un édito virulent signé par sa rédactrice en chef en personne… Ou quand le titre d’un spectacle inspire la verve et l’imagination de médias en mal de sujet, par un bel et calme été de juillet.
Quelle découverte ! Le Belluard Festival programme donc de l’art contemporain. Qui par définition se devrait d’être transgressif, choquant et surtout enveloppé d’un sérieux pénétrant et d’une profondeur affectée. En proposant le spectacle au titre évocateur de KEIN APPLAUS FÜR SCHEISSE, le Belluard invite donc ses spectateurs à assister au pire de la performance, c’est-à-dire à assouvir un voyeurisme que les supports papier ne peuvent pas fournir à leur audience. Il est vrai que le titre de ce spectacle ouvre la voie à une critique facile, qu’il suffit de pondre en enfonçant des portes ouvertes, en ressassant clichés et rengaines éternelles contre ces élites artistiques nécessairement incompréhensibles pour le « gentil » peuple constitué de gens « normaux ».
Or, n’en déplaise à certains, il fallait voir le spectacle de jeudi soir pour pouvoir apprécier le décalage patent et délibéré existant entre le titre du spectacle et son contenu. Parodique au possible, KEIN APPLAUS FÜR SCHEISSE combine une bonne dose d’humour et une sincérité désarmante. Il cingle les clichés, détourne les attentes que son nom génère nécessairement. De l’art de la performance, il édulcore l’aspect transgressif en s’inscrivant dans le ludique. L’onirisme plane sur scène, emportant le public vers un ailleurs peuplé de ballades langoureuses et baigné dans un esthétisme eighties à souhait. Florentina Holzinger et Vincent Riebeek semblent être deux spécimens d’une espèce nouvelle, dont la joie et l’optimisme sont en total décalage avec la souffrance humaine, qu’ils n’expérimentent aucunement dans leur spectacle.
Les individus de cette espèce-là, lorsqu’ils se rencontrent, s’adonnent à une danse tribale étrange avant de s‘accoupler par le biais d’un cordon ombilicale de quatre mètre de long. Cette espèce-là, lorsqu’elle vomit, n’expulse pas son repas de midi, mais un liquide bleu fluo, et, lorsqu’elle pisse, c’est d’une texture blanche et laiteuse que semble être fait ce fluide. Cette espèce-là, lorsqu’elle quitte la scène, la survole d’une légèreté angélique dans un numéro de voltige fascinant. Une suite d’actes gratuits et dénués de tout sens certes, mais d’une poésie et d’une beauté exceptionnelles. Une générosité qui a été saluée par une salve d’applaudissements à la fin d’un spectacle dont la puissance fut décuplée par les orages et les coups de tonnerre qui l’ont rythmé, finissant d’emporter le public dans un espace féerique.
Que les amateurs de trash se rassurent, tous les spectacles ne suivent pas la même logique. Les performances extrêmes font encore partie de la scène contemporaine ; on en trouvera certainement qui pourront servir à illustrer des polémiques stériles ou même pertinentes. L’art peut déranger, et il serait même étonnant que la vision de certains spectacles ne crée pas un sentiment de dégoût, comme JERK l’a si bien montré vendredi soir. Mais déranger n’est pas le mandat unique des artistes. Il est ainsi impossible pour un festival de ne programmer que des spectacles profondément dérangeants… Au grand dam des chercheurs d’indignation sur commande… Pour les accros au trash quotidien, une dose de journal du matin devrait suffire à assouvir leur vice.
- Article de David La Sala | Photos: Dossier presse Festival Belluard Bollwerk International -





